Écrire pour s’en sortir : la thérapie des mots
Je n’ai pas commencé à écrire pour faire un livre. J’ai commencé à écrire pour respirer.
Après le diagnostic, tout était trop lourd. Les pensées, les peurs, les scénarios qui tournent en boucle dans la tête. Les émotions qui s’accumulent et qui empêchent de fermer l’œil.
Alors j’ai écrit. J’avais besoin de sortir ce qui m’étouffait.
Quand tout déborde
Au début, c’était brouillon, désorganisé, super intense. Des phrases écrites trop vite, des fautes, des mots lancés sans filtre, des bouts de colère, de peur, d’incompréhension.
Aucun objectif concret. Juste un besoin de déposer, de partager avec mon clavier ce qui me grugeait de l’intérieur.
Les larmes aux yeux, j’écrivais. Mais plus j’écrivais, plus ça faisait de la place. Comme si mettre des mots sur ce que je vivais permettait de le contenir un peu, de le rendre moins envahissant, moins cruel, moins lourd.
Écrire est devenu pour moi une forme de thérapie. Un endroit où je pouvais être honnête à 100 %, sans devoir rassurer personne, sans devoir être forte, sans devoir faire semblant que “ça va”.
Mettre des mots pour connecter
Puis, à un moment donné, j’ai commencé à partager mes textes sur ma page Facebook. Pas en me disant que ça allait changer quelque chose. Juste parce que ça me faisait du bien de montrer la réalité au grand jour. Ça me semblait vrai, dans un milieu où beaucoup est artificiel.
C’est là que j’ai compris quelque chose d’important : je ne suis pas seule.
En mettant des mots sur mes peurs, mes doutes, ma colère, mes moments de découragement, mais aussi mes moments de pure gratitude, j’ai vu des gens se reconnaître. Des femmes. Des hommes. Des personnes atteintes d’autres cancers. Des proches. Des parents en deuil. Des gens que je n’aurais jamais croisés autrement.
Des gens du Québec, de la France, d’ailleurs, qui, au beau milieu du chaos, se retrouvent le temps d’un échange sincère, sans filtre, sans censure.
Je parle du cancer du sein parce que c’est ma réalité. Mais ce que je décris dépasse largement ça.
Une réalité plus grande qu’on pense
Le cancer touche énormément de gens. On parle souvent d’une femme sur huit pour le cancer du sein, ou de près d’une personne sur deux qui recevra un diagnostic de cancer au cours de sa vie.
Mais derrière ces chiffres, il y a bien plus que des statistiques.
Il y a toutes les personnes autour. Les proches. Les conjoints. Les enfants. Les parents. Les amis. Ceux qui accompagnent, qui soutiennent, qui regardent quelqu’un qu’ils aiment traverser quelque chose qu’ils ne peuvent pas contrôler.
Et puis il n’y a pas que le cancer.
Il y a toutes les autres maladies graves. Les deuils. Les réalités invisibles. Les combats silencieux que les gens portent sans que ça paraisse.
Et pourtant, on continue de se croiser comme si de rien n’était.
Si tu me croises aujourd’hui, alors que je vais porter mes enfants à l’école, tu vois une femme de 38 ans. Une maman. Des cheveux longs. Un grand sourire. Un air normal. Tu ne vois pas mon parcours. Tu ne vois pas le cancer. Tu ne vois pas mon corps tel qu’il est aujourd’hui, rempli de cicatrices, d’effets secondaires, de morceaux en moins.
Et c’est la même chose pour tout le monde.
On ne sait jamais vraiment ce que quelqu’un porte. On croise des gens, on s’imagine qu’ils vont bien, puis on continue notre route. Alors que derrière les apparences, on a tous une histoire, un bagage, un combat silencieux.
Chacun d’entre nous pourrait écrire son propre livre et parler à d’autres qui vivent un parcours similaire.
Écrire ne change pas ce qui arrive. Mais ça change la façon dont on le porte. Ça permet de transformer quelque chose de lourd en quelque chose qui respire un peu mieux.
C’est déjà beaucoup.
Si tu traverses quelque chose de difficile, peu importe quoi, mettre quelques mots sur papier pourrait déjà faire une différence. Et peut-être qu’en les partageant, ces mots-là pourraient aussi rejoindre quelqu’un d’autre.
Parce que parfois, mettre des mots sur ce qu’on vit, c’est la meilleure façon de s’en libérer.
Sans filtre. Sans censure.