Les émotions que le cancer laisse sur son chemin

Ce texte ne remplace pas un avis médical. Il s’agit d’un partage d’expérience et de témoignages.

On pense souvent que le plus difficile avec le cancer, c’est les traitements. Avec le recul, je réalise que ce n’est pas ça le plus dur. Pas pour moi.

Le plus dur, c’est tout ce qui se passe à l’intérieur.

Avant d’avoir un cancer, je pensais comprendre. Je pensais que j’allais perdre mes cheveux, avoir des nausées, être fatiguée. Je pensais que c’était ça, le cancer. Quelque chose de physique. De visible. De temporaire, dans un sens. Mais je n’avais aucune idée…

Le cancer, c’est une tempête émotionnelle constante.

Une vague qui ne s’arrête pas.

Même quand tout semble calme à l’extérieur, ça se bouscule à l’intérieur. Même des années plus tard, ça serre encore. Ça tourne en boucle. Ça étouffe parfois…

Il y a la peur.

Une peur profonde, difficile à expliquer. Pas seulement celle des traitements, mais celle de mourir. Celle d’abandonner ses enfants. Celle de ne pas voir la suite de sa propre vie.

La peur de l’inconnu.

Quand la naïveté qu’on avait face à la fragilité de la vie n’existe plus.

Une peur intense, qui arrive sans prévenir. Dans la baignoire. Dans la voiture. Avant de s’endormir… Même quand tout semble aller bien.

C’est la fameuse épée de Damoclès au-dessus de notre tête.

Il y a aussi la colère.

Une colère contre la vie, contre l’injustice, contre le fait que ça nous arrive.

On cherche un sens. Une raison. Parce que c’est injuste.

On repasse sa vie en boucle en se demandant : Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça?

Et souvent, il n’y a pas de raison. On cherche à s’en essoufler, puis on doit finir par admettre qu’on ne trouvera jamais la cause.

C’est peut-être ça, le plus difficile à accepter.

Et puis il y a la solitude.

Même entourée de notre famille, même aimée par notre partenaire de vie, même soutenue par nos ami(e)s… il y a une partie de l’expérience qui nous laisse profondément seule. Parce que peu importe à quel point les gens veulent comprendre, ils ne peuvent pas vraiment ressentir ce que ça fait d’être dans ce corps-là, avec ces pensées-là.

On apprend à continuer d’avancer. Sourire. Répondre “ça va” même quand ça ne va pas.

On a l’impression étrange que le monde continue de tourner tout autour, sans nous.

Les gens travaillent. Rient. Planifient des voyages. Se plaignent de choses banales. Pendant ce temps, notre univers s’est arrêté. Ou du moins, il a complètement changé de trajectoire.

C’est comme si on était là, mais pas tout à fait dans le même monde.

Et au milieu de tout ça, il y a la culpabilité.

Parce qu’on a l’impression qu’on devrait être forte. Positive. Reconnaissante. Comme si on devait transformer cette épreuve en quelque chose de beau. Une leçon de vie pleine de belles découvertes sur soi.

On nous pousse à être une “bonne malade”. Forte. Résiliente. Courageuse. Inspirante.

On voit les campagnes roses, les messages, les slogans. Les femmes avec le poingt dans les airs en signe de victoire. L’espoir… et parfois, ça ne correspond pas du tout à ce qu’on ressent. Ça vient juste ajouter une couche de pression.

On ne peut pas comprendre le cancer de l’extérieur.

On peut lire. Écouter. Se renseigner. Essayer d’imaginer. Mais tant qu’on ne le vit pas… on ne sait pas vraiment.

Ce n’est pas un reproche. C’est juste la réalité.

Il n’y a pas de bonne façon de vivre le cancer.

Il n’y a pas de bonne émotion.

Il n’y a pas de version parfaite.

Le cancer ne se résume pas à un combat.

Ce n’est pas juste une histoire de force ou de courage.

C’est un mélange de peur, de colère, de fatigue, d’amour, de moments de vide… et parfois, de petits moments de lumière au milieu de tout le reste. Des moments où on arrive à trouver la force de se lever, rire, vivre l’instant présent sans penser trop loin.

Aujourd’hui, six ans après les traitements…

Je réalise que ces émotions-là ne disparaissent pas complètement.

Elles changent de forme. Elles reviennent autrement, de moins en moins souvent.

Mais elles restent. Et on en parle peu.

C’est pour ça que j’écris. Pour mettre des mots sur ce qui est souvent vécu en silence.

Pour rendre visible ce qui ne l’est pas.

Et peut-être, au passage, permettre à quelqu’un de se reconnaître un peu… et de se sentir moins seul.

xxx Sarah

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